Dossier spécial: un oeil sur le Nucléaire

Écrit par Audrey Peeters et Fanny Monstier   
Jeudi, 17 Mars 2011 00:00

La catastrophe que vit actuellement le Japon réveille des souvenirs qui commençaient à s’effacer…Trente-deux ans après Three Miles Island et ving-cinq ans après Tchernobyl, Fukushima menace la planète.

La catastrophe de Three Miles Island

La centrale de Three mile island
Le 28 mars 1979, en Pennsylvannie, Etats-unis.
A la suite d’une négligence humaine, les pompes de refroidissement de la centrale nucléaire de Three Miles Island, n’ont pas effectué leur travail, et le niveau d’eau a baissé fortement exposant donc le cœur du réacteur, comme à Fukushima.
Peu à peu, les opérateurs ont réussi à remettre de l’eau pour refroidir le réacteur, qui avait fondu à 50%. Il s’était écoulé mais n’avait pas percé la cuve de confinement, les rejets radioactifs dans l’atmosphère ont donc été minimes. Le réacteur est aujourd’hui en sécurité, et le bonne gestion de cet évènement a permis d’améliorer la prévention des accidents dans les centrales du monde entier.

Tchernobyl, le fantôme qui ne se laisse pas oublier

Tchernobyl aujourdhui, sous son sarcophage
Tchernobyl, le 26 avril 1986. Une mauvaise gestion humaine provoque des dégâts immenses et irréparables. L’opacité du système soviétique ne permet pas d’être sûr de ce qui s’est passé, mais le scénario le plus probable est celui-ci.

La centrale était en elle-même mal conçue, avec un réacteur instable sans enceinte de confinement (c'est-à-dire une couche de béton supplémentaire afin d’empêcher les éléments radioactifs de s’échapper à l’air libre).
Le personnel n’était visiblement pas assez formé : au moment de l’explosion, une expérience était en cours alors que la puissance du réacteur n’était pas contrôlée, les sécurités manuellement coupées. Le réacteur s’est emballé et a provoqué une explosion qui détruit le toit de la centrale. Les composants du réacteur ont alors brûlé, dégageant de grandes quantités de produits radioactifs dans l’atmosphère, le fameux nuage radioactif.

La gestion de l’accident a été jugée assez mauvaise : des pompiers ont ainsi tenté d’éteindre l’incendie sans combinaison spéciale et sont morts des suites de cette exposition, n’ayant pas été informés des rejets. L’incendie ne pouvant être maîtrisé, il a fallu enfouir la centrale sous des tonnes d’un mélange de sable, d’argile de plomb…afin d’arrêter les rejets radioactifs. Ensuite, un « sarcophage » a été construit pendant des mois par des centaines de milliers d’ouvriers surnommés les « liquidateurs » pour isoler définitivement la centrale.
Selon Viatcheslav Grichine, membre de l'Union Tchernobyl, principale organisation des liquidateurs, sur 600 000 liquidateurs, « 25 000 sont morts et 70 000 restés handicapés en Russie, en Ukraine les chiffres sont proches et en Biélorussie 10 000 sont morts et 25 000 handicapés »

Pendant cette crise, la désinformation a été pratiquée autant par les dirigeants de la centrale que par les dirigeants du monde. La population aux alentours a été tardivement évacuée sans avoir d’explications, alors que les médias du monde n’étaient informés que d’un « incident » dans la centrale. 250 000 personnes au total ont dû être évacuées.

La Cité des sciences écrivait en 2006 :
« Combien de morts, de cancers, de maladies cardiovasculaires ou de malformations dus aux irradiations comptabilise-t-on vingt ans après l'explosion du réacteur n° 4 de Tchernobyl ? 4 000, comme l'affirme un rapport très critiqué publié sous l'égide de l'ONU en septembre 2005 ? Entre 30 000 et 60 000, comme l'annonce une nouvelle étude de scientifiques britanniques publiée en avril 2006 ?
Ou plusieurs centaines de milliers comme l'affirment certaines organisations, telles l'Organisation internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW), ou Greenpeace ? Il est probable qu'on ne le sache jamais précisément. »

Aujourd'hui, le réacteur détruit sous sarcophage reste une menace permanente, ce sarcophage se détériorant de jour en jour n'est plus étanche, laissant passer les eaux de pluie qui risquent de contaminer la nappe phréatique.

Fukushima

La centrale de Fukushima avant le drame
Lors du séisme qui a frappé le pays le 11 mars dernier, les réacteurs ont été arrêtés lors d'une procédure automatisée, et les systèmes de refroidissement de secours se sont mis en route. Mais le tsunami qui a suivi a tout détruit sur son passage.
Sans le système de refroidissement, l'accident nucléaire de grande envergure est possible...Depuis, les ingénieurs et techniciens nucléaires luttent pour contenir la pression à l'intérieur des enceintes de confinement.
Le phénomène est le même que pour la catastrophe de Three Miles Island. Cependant, il est beaucoup moins bien contenu. Les explosions se multiplient et les rejets radioactifs importants sont à craindre.
Les autorités craignent un scénario ressemblant à Tchernobyl si les évènements continuent à s’aggraver…

Retrouvez notre article complet sur les risques nucléaires au Japon ici

Doit-on craindre un accident nucléaire en France ?

Le parc nucléaire français, le deuxième au monde, compte 58 réacteurs répartis sur 19 sites, et fournit environ 75% de l’électricité du pays.

En ce qui concerne les risques de tremblement de terre, il n’est pas à négliger même si le danger n’est pas comparable avec le Japon. Il y a trente-deux failles géologiques en dessous de quatre sites nucléaires majeurs (Tricastin, Marcoule, Cadarache, Toulon). Des séismes très importants sont improbables, mais des séismes moyens peuvent mettre en danger les centrales non construites pour y résister. Selon Sortir du Nucléaire, EDF avait falsifié les données sismologiques pour s’éviter des travaux onéreux pourtant indispensables en 2003.

Pour ce qui est des centrales vieillissantes, Chinon, Blayais, Dampierre, Civaux, Saint-Laurent, Bugey, Belleville et Fessenheim sont les plus fragiles car leur construction n’est plus aux normes.

Le risque sismique n’est pas le seul danger. La sécheresse provoque une diminution des cours d’eau qui servent à refroidir les réacteurs. Au contraire, les inondations peuvent mettre en danger la gestion des centrales.

 

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