Copenhague : 72 heures après l’ouverture du sommet.

Écrit par Roxane Grioche   
Jeudi, 10 Décembre 2009 09:17

Il s’en passe des choses à Copenhague ! Tandis que 192 nations se sont réunies pour tenter de trouver des compromis et, éventuellement de s’engager sur un nouveau plan climatique et énergétique, des rebondissements et des histoires incroyables ne cessent de faire la une des titres de la presse internationale …

cop15_copyComme vous le savez sûrement toutes et tous aujourd’hui, le sommet de Copenhague a pour principal objectif de fédérer toutes les nations membres de l’ONU autour de la lutte contre le réchauffement climatique. Au programme : une limitation du réchauffement à 2°C d’ici 2010, un financement de 110 milliards d’euros de la part des pays industrialisés d’ici 2020 afin d’aider les pays émergents et en voie de développement les plus vulnérables à faire face au changement climatique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici 10 ans par rapport à 1990.


Dès le premier jour, l’optimisme a laissé place aux négociations…

Ban-Ki moon, le secrétaire général des Nations Unies a inauguré le sommet en exprimant, depuis New York sa motivation et son optimisme. Il s’attend à « un accord solide » qui prendrait effet immédiatement. Le premier ministre danois, Lars Loekke Rassmussen, a déclaré qu’il souhaitait que Copenhague devienne « Hopenhague » (le port de l’espoir) suite au sommet. Du côté français, Jean-Louis Borloo, plein de bonne volonté, a annoncé que la France diminuerait de 30% ses émissions de GES d’ici 2020 et a estimé que 600 milliards de dollars étaient nécessaire pour aider les pays les plus fragiles à affronter la crise climatique.


Des encouragements qui  ont rapidement été mis de côté quand les 1.200 délégués présents ont entamé les négociations à propos des enjeux fondamentaux du sommet à savoir la réduction contrainte des émissions de GES et le montant du financement pour les pays pauvres. A ce sujet, les positions des principaux pays concernés divergent. L’Europe des 27 est pour la réduction globale de 20% de ses émissions mais ne se prononce pas encore sur le montant à verser aux PVD. Les Etats-Unis refusent de signer un accord contraignant mais tournent quand même une page dans leur implication environnementale. Le Président Obama s’est, en effet, engagé à diminuer de 17% les émissions de GES du pays d’ici 2020 (chose que son prédécesseur aurait dû faire il y a dix ans de cela…). La Chine refuse tout accord contraignant mais exige que les pays industrialisés y soient soumis et elle demande aussi des transferts de technologies entre les pays développés et les autres.

Y aurait-il anguille sous roche du côté américain ?
Il faut rester vigilant quant à la participation des Etats-Unis au sommet de Copenhague. D’une part, il y a l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) qui décrète que six GES constituent une menace pour la santé publique et qu’il faut donc prendre des mesures pour y remédier (ce qui est tout de même une sacrée avancée pour les Etats-Unis !). Cette agence soutient Barack Obama dans ses tous premiers engagements environnementaux mais également, et surtout, dans le débat qui l’oppose avec le Congrès ainsi que de nombreux élus républicains qui se servent de l’affaire du « Climategate » (scandale britannique de piraterie informatique qui a falsifié des rapports d’expertise sur la situation climatique) afin de limiter l’implication de la première puissance mondiale dans ce traité de l’ "après-Kyoto".


Les réactions des associations

Les ONG sont plutôt satisfaites des débuts de ce sommet mais elles insistent sur le fait que les Etats riches et industrialisés peuvent et doivent aller plus loin dans leurs engagements. Suite à la déclaration de Jean-Louis Borloo, Greenpeace réclame que ce ne soit pas à la France seulement mais à l’ensemble des pays de l’Union Européenne d’atteindre l’objectif des 30% des réductions des émissions de GES. Oxfam France – Agir Ici demande pour sa part qu’un fonds international à hauteur de 110 milliards € soit créé non pas à partir de 2020 mais dès 2013. La contribution des Etats-Unis et de l’Union Européenne serait équitable et se baserait sur leur responsabilité historique dans la crise climatique ainsi que sur la capacité financière à y faire face. Ces deux puissances devraient, selon Oxfam, verser 40 millions d’euros annuels chacune. Romain Benicchio, le chargé de campagne climat d’Oxfam a par ailleurs déclaré que « lutter contre le changement climatique n’est pas une question de charité de pays développé vis-à-vis des pays en développement, mais bien le paiement d’une dette écologique ».

Face aux éternelles réticences des puissances mondiales, les pays pauvres tirent la sonnette d’alarme…
Le conseiller économique du Kremlin, Arkadi Dvorkovitch, a dit que « Copenhague n’aboutirait  pas à un accord contraignant […] mais plutôt à une feuille de route pour de futures négociations », à savoir, celles qui clôtureront les brillants résultats du traité de Kyoto. Oui, il est difficile pour des pays qui ont dépensé 8.400 milliards de dollars pour relancer l’économie mondiale et financer les parachutes dorés de se mettre d’accord sur la somme qu’ils verseront aux pays les plus exposés aux risques climatiques… Les dirigeants et les délégués, discutent et tergiversent, chacun dans leur coin, afin de déterminer comment ils vont pouvoir sortir leur épingle du jeu à moindre frais… Une attitude qui consterne les pays en voie de développement qui sont bien décidés à ne pas lâcher l’affaire. « Nous avons besoin d’engagements fermes, de chiffres et d’un calendrier » a déclaré Bruno Sekoli, président du groupe des Pays les Moins Avancés (PMA). L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) a affirmé quant à elle, que les réfugiés climatiques sont de plus en plus nombreux même si, pour l’instant, ils ne se déplacent que vers l’intérieur de leur pays ou vers les pays voisins.
Le message est clair : avec le climat, on ne négocie pas. Il n’est plus temps de parler mais d’agir !

Cinq actions devraient devenir prioritaires si le sommet se clôture sur la ratification d’un traité : un calendrier concret pour 2050, un système satellitaire de contrôle des émissions de GES dans chaque pays, l’oubli de la taxe Tobin, une intensification de la recherche et développement (et son transfert) sur la captation du carbone et la gestion de l’eau et la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement pour assurer le suivi des accords, la surveillance des émissions et la régulation des droits à polluer (sanctions éventuelles…)


Mardi, un « brouillon » danois suscite l’indignation chez les délégués du G77


Dans ce sommet qui commence « sur les chapeaux de roues », un premier scandale éclate au bout du deuxième jour…un début prometteur ! Suite à la diffusion d’un projet de texte, les ONG estiment que le document laissait complètement les pays en difficulté de côté et qu’il s’agit d’une tactique de la présidence dansoie pour complaire aux pays riches et puissants. Les représentants du G77 considèrent, eux, qu’il s’agit d’une grave violation qui pourrait « menacer le succès des négociations ». Mais que propose ce texte ? Il s’inscrit dans la démarche globale de lutte contre le réchauffement climatique mais à des conditions différentes de celles exigées par PVD et les PMA avec : une réduction de 50% des émissions mondiales de GES par rapport à 1990 sans aucun objectif chiffré à long terme pour y arriver ainsi qu’une aide financière immédiate de 10 milliards de dollars jusqu’en 2012 susceptible d’être augmentée selon les nécessités. Connie Hedegaard, présidente du sommet de Copenhague a cependant affirmé que de « nombreux textes circulent mais que personne ne peut avoir vu ce texte-là car il n’existe pas »… Indignés, les délégués des nations pauvres ne se sont pas laissés décourager. « Les membres du G77 ne quitteront pas les négociations à ce stade […]. Nous ne pouvons nous permettre un échec à Copenhague » a déclaré Lumumba Stanislas Dia Ping, le chef de la délégation soudanaise, dont le pays préside actuellement le G77.

La suite au prochain épisode…
Marine LHOMEL


 


 

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