Nathalie Jouat et Nicolas Bonniot forment un couple amoureux de la nature. Direction une parenthèse autour du monde afin d'étudier au plus près les solutions en constructions positives.
Agir pour la planète les a interviewés pour vous!
Impliqués dans les problématiques liées à l'environnement et au développement durable, Paris ne leur permettait pas d'adapter pleinement leur mode de vie à leurs convictions. D'où la naissance de leur projet « Nature en construction », un éco-voyage autour du monde, avec pour objectif principal « d’apprendre sur le terrain les techniques de l’éco-construction, la mise en œuvre des énergies renouvelables dans l’habitation et la permaculture. ».
Comment a commencé votre amour pour la nature?
Nous sommes tous les deux originaires de la campagne, notre sensibilité pour l'écologie a toujours été présente. En vivant à Paris (nous y sommes restés deux ans et demi) nous avons tenu à faire encore plus d'efforts sur notre façon de vivre. Nous prenions les transports en commun, nous essayions de manger bio, de trier bien sûr, de recycler, de ne pas consommer à outrance et d'être simplement cohérents dans notre quotidien, ce qui n'est pas facile à Paris ou dans une grande ville en général ! Nathalie est bloggueuse depuis plus de 5 ans sur les thèmes de l'écologie, c'est une activité qui incite à la réflexion. Au delà des petits gestes, nous souhaitions un mode de vie profondément sain et respectueux de l'environnement.
Vous réalisez en ce moment en éco-voyage autour du monde. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet, que vous avez nommé « Nature en construction » ?
Au bout de deux ans et demi de vie à Paris, nous avons décidé d'aller au delà des petits gestes et de changer nos vies pour être plus cohérents avec notre éthique, il fallait donc partir !!. Nous voulions nous retirer en campagne, puis l'idée d'un voyage nous a traversé et émoustillé l'esprit ... Nous y avons réfléchi pendant 6 mois, pour monter un projet solide et ne pas simplement partir bille-en-tête avec un sac à dos et une tente ! Nous avons planifié nos destinations, réfléchi au budget que cela engendrerait, imaginé un moyen de financer et de réaliser ce voyage pour le vivre non pas comme une fuite mais comme un nouveau départ pour une vie plus saine et en rapport avec notre désir d'une vie simple.
Nous avons volontairement misé sur des pays où les lecteurs puissent s'identifier aux habitants. C'est-à-dire le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Japon. Initialement, il y avait plus de pays, nous avons revu notre emploi du temps à la baisse car nous voulons maintenant faire moins de choses, mais plus intensément. Nous souhaitions faire découvrir des techniques de construction qui puissent être réalisées en France.
A l'heure où je vous écris, nous avons fait du wwoofing pendant 3 mois en France, dans le Gard. Puis nous avons traversé le Canada d'est en ouest et nous sommes en Nouvelle-Zélande depuis 5 mois. Nous avons appris beaucoup de choses dans beaucoup de domaines ! Nous avons aussi pris le temps de nous détendre en visitant des lieux magnifiques. Ce voyage nous réussi bien car c'est un savant mélange entre le travail et la détente. Si nous avions du voyager pendant 1 an et demi, nous n'aurions sûrement pas tenu le coup ... Ni physiquement, ni psychologiquement, ni financièrement.
Quels objectifs vous êtes vous fixés pendant ce voyage?
Le voyage est organisé autour de 3 thèmes : l'eco-construction, les énergies renouvelables et la permaculture. Notre but est d'être capable de construire une maison écologique, énergétiquement autonome (sans factures!) avec un beau jardin biologique à notre retour en France. C'est un pari osé car nous partons de zéro, nous étions respectivement ingénieur informaticien et chef de projet, nous avons donc beaucoup appris et encore beaucoup à apprendre. Nous souhaitions aussi nous aérer l'esprit et revenir avec l'envie et l'ambition de trouver un métier "qui ait du sens". Ce voyage nous a permis d'envisager un grand nombre de possibilités que nous mettrons doucement en place à notre retour en août 2010.
Un autre objectif du voyage est la transmission du savoir. Nous avons mis en place un site internet où nous réalisons des articles et des fiches de savoir détaillées sur les techniques d'éco-construction que nous découvrons. Nous avons la chance d'apprendre beaucoup de choses intéressantes, avec des gens passionnants qui ont partagé leur temps et leur savoir avec nous. Nous voulions faire de même avec les lecteurs de notre site; Nous avons aussi un magazine en ligne pour les enfants, le Tipi-Kiwi, pour leur parler du voyage en des termes plus ludiques et adaptés !
Vous appelez vous-même votre aventure « éco-voyage ». Comment réussissez-vous à allier voyage et écologie?
Ce n'est pas toujours facile. Nous avons beaucoup réfléchi à cette question... Qu'est-ce qu'un voyage écologique ? La définition est différente pour tout le monde. Pour c ertains c'est le fait de réduire le plus possible l'impact du voyage en utilisant des transports non motorisés par exemple pour d'autre c'est manger local et bio... Pour nous c'est le fait de voyager de manière intelligente en faisant des compromis entre nos objectifs et les moyens de les réaliser. Le point noir de notre voyage en terme d'impact, c'est l'avion. C'est un choix économique qui nous appartient, nous voyageons dans des pays éloignés les uns des autres et l'avion reste souvent le moyen de transport le moins cher. De l'autre côté, nous prenons les transports en commun dès que possible, nous aidons des gens à construire leur maison écologique, nous travaillons dans des jardins bio, nous mangeons local et d'une manière générale, nous sommes bien sûr respectueux des lieux où nous sommes ! Nous pensons qu'un voyageur écologique est un voyageur éclairé et responsable, qui fait ses choix en connaissance de cause. C'est ce que nous essayons de faire ;)
Pour vous loger, vous utilisez une technique encore peu connue qu'est le wwoofing. Pouvez-vous nous en dire plus?
Willing workers on organics farm. Le wwoofing, c'est le fait d'aller travailler dans des fermes bios ou chez des gens en échange du gîte et du couvert. C'est une notion assez différente d'un pays à l'autre. En France et au Canada, nous avons travaillé entre 6 et 8 heures par jour, avec deux jours de congés en échange d'un lit, de 3 repas par jour et du plaisir de partager la vie et le quotidien de nos hôtes. En Nouvelle-Zélande, nous travaillions 4/5 heures par jour, sans jour de congé, contre le gîte et le couvert mais nous sommes souvent assez peu intégré dans la vie de la famille. Le wwoofing est né en Australie et en Nouvelle-Zélande justement, c'est une notion ancienne et très bien implantée dans ces pays mais dont le sens en a quelque peu changé avec le temps. Dans tous les cas, c'est le meilleur moyen de voyager que nous connaissons ! Nous sommes beaucoup plus que de simples touristes, nous découvrons le pays avec les yeux des locaux et c'est l'opportunité d'un échange culturel très complet. Au Japon, prochain pays où nous allons, le wwoofing semble beaucoup plus strict, nous sommes impatients d'y être...
Quelles sont les choses qui vous ont pour l'instant le plus étonné pendant ce voyage? Avez-vous constaté des progrès en matière d'écologie et de développement durable?
Nous avons été étonnés par beaucoup de choses ! Tout d'abord en France, nous avons passé du temps dans le Gard et découvert des réseaux alternatifs peu connus et très locaux dans divers domaines. Nous avons vu notre pays sous un nouvel angle et nous sommes très contents d'avoir commencé par là, car cela nous donne encore plus envie de revenir ! Au Canada, nous avons été étonné du côté très "vert devant, marron derrière". C'est un pays gigantesque assez peu peuplé où les forêt peuvent cacher des sites d'enfouissement, les cours d'eau sont surexploités par les barrages hydro-électriques et les habitants sont parfois très irresponsables. D'un autre côté, certaines régions sont très avant-gardistes et nous avons été agréablement surpris par la Colombie-Britannique où les habitants ont l'air plus concernés par la faune et la flore que les dirigeants. En Nouvelle-Zélande, nous avons constaté avec surprise qu'une grande partie des maisons sont équipées de gigantesques réservoirs d'eau de pluie (il pleut tellement qu'il serait dommage qu'il en soit autrement). D'une manière générale, la conscience environnementale à l'air de se développer partout, même si c'est plutôt des démarches individuelles. En Nouvelle-Zélande, à la période de Copenhague, personne ne s'intéressait à cette actualité et rigolait même de tout ce remue-ménage politique. On nous a dit une chose très intéressante : "After all is said and done, more is said than done." (ce qui veut à peu près dire: on parle beaucoup.. mais on n'agit pas beaucoup!)
Pour conclure, Paris vous manque?
Il y a des jours où il pleut, où nous sommes trempés jusqu'aux os de notre travail à l'extérieur, où nous sommes sales car nous sommes dans la boue et dans des étables. Nous ne mangeons pas toujours ce que nous aimons, nous n'avons pas toujours autant de tranquillité et d'intimité que nous souhaiterions. Nous avons parfois froid, faim, nous sommes fatigués ou démoralisés, notre famille nous manque et nous nous demandons quel est le sens de tout cela ... D'autre jours, nous nous réveillons au lever du soleil en face d'une plage magnifique, nous rigolons avec les familles qui nous accueillent, nous partons à l'aventure au sommet d'un volcan, nous apprenons des traditions locales, nous pagayons sur des lacs cristallins au cœur de montagnes gigantesques, nous sommes fiers de notre travail et nous avons les larmes aux yeux de quitter des nouveaux amis... Paris ne nous manque pas, car si nous n'étions pas partis nous ne serions pas qui nous sommes aujourd'hui, avec tout nos souvenirs et notre nouveau savoir. Les voyage forment la jeunesse, ils endurcissent aussi et font relativiser.
Merci à Nathalie et Nicolas d'avoir accepté de nous parler de cette belle aventure.
Continuez à suivre leur périple sur Nature en construction!
Amaury Luthun
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